J’aurais pu être libraire, prof de langue comme mes parents, ou, pourquoi pas, taxidermiste. J’ai même failli être potier ! Une envie passagère de collégien…

Mais non, j’ai choisi un jour d’être journaliste. Au fait, c’est quoi un journaliste ? C’est celui qui écrit, pour des milliers de paires d’yeux, que notre maman fête ses 90 ans ? Non, pas seulement. C’est celui qui déniche l’info, la recoupe, la travaille pour la rendre accessible à tous, l’analyse, la creuse, la contextualise pour finalement la livrer à tous, de tous âges. Bref, l’info, c’est nous, de l’incendie de ta voisine au pot-de-vin politique, en passant par le spectacle de théâtre à voir en ce moment.

Je me souviens très distinctement du jour où j’ai découvert ce passionnant métier. Et quand je dis découvrir, c’est le côtoyer jusqu’à piquer ma curiosité. Car jusqu’alors, le journaliste restait pour moi le mec qui lisait son prompteur à la télé, ou écrivait quelques lignes tonitruantes dans les magazines politiques encore humides des plumes trempées dans le vitriol.

Ce jour-là, un journaliste d’un canard local m’interroge à propos d’un spectacle que j’organisais.

En répondant à ses questions autour d’un café, une pensée traverse mon esprit : « Qu’est-ce que ça à l’air chouette comme métier de transmettre de l’info aux gens ! »

L’instant d’après, une autre folle idée m’assailli : « Pourquoi pas moi ? »

Les années fac passèrent, avec des cours plus ou moins intéressants et des profs plus ou moins compétents. Je démarre dans le monde fabuleux des médias sur une radio du câble en Suisse et j’obtiens quelques temps plus tard mon ticket d’entrée à la Télévision Suisse Romande. C’est là que j’ai ma seconde révélation.

Je me tenais debout au milieu du grand open space de la « newsroom », la salle de rédaction des infos de la TSR (qui n’était pas encore devenue la RTS), à scruter des écrans sur lesquels défilaient des images en provenance du monde entier. Autour de moi, l’effervescence était palpable, à quelques minutes du direct du téléjournal de midi. Je bossais à l’époque sous les ordres de Sophie M. et je me souviens avoir pénétré dans la régie du plateau du JT en prenant toute la mesure de ma chance d’être ici. J’entrais comme dans un saint des saints, touchant du doigt l’univers professionnel qui me correspondait le mieux, qui réunissait mes passions et qui allait m’animer toute ma vie. J’étais fait pour être journaliste, ce fut une certitude qui s’amplifiait du plus profond de moi.

Aujourd’hui, bien des années ont passé et je ressens toujours cette passion qui m’anime. Je me lève le matin en ayant envie d’aller travailler et en étant chaque jour plus ravi de ce que je fais. J’ai été insulté, menacé de mort à plusieurs reprises, j’ai subit des pressions, parfois du mépris, mais j’ai aussi donné le sourire à des gens, j’ai été remercié, félicité… Je n’ai plus d’horaires, je ne sais plus ce que c’est que du temps libre, je ne connaîtrai probablement jamais la retraite, je suis incapable de prendre des vacances, j’écris jours et nuit… Mais pour rien au monde je ne ferais un autre métier.

Les années filent, les diplômes que j’étais fier de brandir semblent lointains.

Mais aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes lisent ce que j’écris et regardent les images que je réalise. Certains se forgent même une opinion à travers mes mots.

Et aujourd’hui est un jour spécial. Car après la radio, la tv, internet, la presse locale et régionale, ma prose est imprimée cette semaine dans l’Express, magazine national !

L’occasion de repenser à une période encore plus lointaine, lorsque, du haut de mes 14 ans, j’écrivais, mettais en page et imprimais un petit journal pour les copains de mon village…

Il semble que c’était une vocation… du moins ça m’en a tout l’air…