« À la naissance d’un enfant, le cadeau le plus utile pour lui serait de le doter de la curiosité », déclarait l’ancienne Première dame Eleanor Roosevelt. Une seule pointe de ce désir de connaissance suffit à transformer tout un territoire en un véritable terrain de jeu et de découvertes. Là est toute l’ambition de l’ouvrage « 100 lieux pour les curieux » que j’ai écris aux Éditions Bonneton.

Au fil de l’Histoire, les terres des pays de Savoie, lieu de passage privilégié, furent l’objet de bien des convoitises, conquises par les Ligures, puis par les Allobroges, avant d’être incorporées à la Provincia romana. C’est en 354 qu’Ammien Marcellin emploie pour la première fois le terme “Sapaudia“, nom d’une région de Gaule, probablement issu du celtique avec le sens de sapinière, et qui serait l’étymologie de “Savoie“. À la chute de l’Empire romain, les Burgondes s’installent sur ce territoire, avec Genève pour capitale, avant qu’il ne tombe aux mains des fils de Clovis, puis échoit à Lothaire lors du démembrement du Royaume de Charlemagne.

couvertureÀ partir du XIe siècle, les territoires alpins s’organisent en un État indépendant, sous l’autorité d’une grande famille féodale : la Maison de Savoie. Avec les comtes puis le duc Amédée VIII, les frontières évoluent et englobent notamment des terres piémontaises, prémices d’une expansion future. En 1536, le passage de Genève au protestantisme, allié à une volonté d’indépendance, conduit les Confédérés suisses, venus au secours de la ville, à s’emparer du bassin lémanique. Dans la deuxième moitié du siècle, le duc Emmanuel-Philibert recouvre la Savoie, le Pays de Gex et le Genevois, puis le Chablais et, en 1563, transfère sa capitale de Chambéry à Turin. Son successeur, Charles-Emmanuel Ier, tentant dereprendre Genève, essuie un cuisant échec dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Baptisé “L’Escalade“, cet épisode désastreux est toujours fièrement commémoré par les Genevois.Le traité de Lyon de 1601 met fin à la guerre entre la France et la Savoie, qui doit céder la Bresse, la Dombe, le Valromey et le Pays de Gex mais conserve Saluces. Au siècle suivant, le duc Victor-Amédée IIobtiendra la titulature royale au traité d’Utrecht de 1713 et libérera la Savoie, occupée par les troupes de Louis XIV depuis 1703. Redevenue française en 1792 sous la dénomination du département du Mont-Blanc, puis du Léman (avec Genève pour chef-lieu), la Savoie le restera sous l’Empire. Le roi Victor-Emmanuel Ier de Piémont-Sardaigne ne récupérera ses États qu’en 1815 au traité de Vienne. Mais dès 1848, la montée du nationalisme italien annonce le Risorgimento. Cette lutte pour l’unité de la péninsule sera rythmée par des conflits avec l’Autriche, mais le roi Victor-Emmanuel II et Cavour réussiront l’unification du pays de Dante avec l’aide de Napoléon III, à qui seront cédés Nice et la Savoie, territoires devenant définitivement français le 24 mars 1860. Le département de Haute-Savoie est créé un mois plus tard. Ce dernier, connu pour ses richesses naturelles et la beauté de ses sites que l’on retrouve dans les provinces du Faucigny, du Chablais et du Genevois qui le composent, est par conséquent une entité territoriale relativement récente. Sa complexe et passionnante histoire a légué de surprenants vestiges, un patrimoine et une culture originale, que nous allons découvrir au fil des pages…