Depuis plusieurs années, l’enseignement supérieur suisse tisse des liens avec les entreprises, jusqu’à institutionnaliser ces partenariats, en s’alignant sur le modèle américain.

Véritable moteur dans le domaine, l’EPFL a établi de nouveaux standards de collaboration entre le monde académique et l’industrie. En 2010, l’école scelle cette démarche en inaugurant son luxueux Rolex Learning Center. Un investissement de plus de 100 millions d’euros financé à moitié par des sponsors comme Novartis ou Nestlé… et Rolex, le plus important mécène.

Le vice-président Philippe Gillet, ancien directeur de cabinet de Valérie Pécresse lorsqu’elle était ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, n’est pas étranger à ces techniques. Et d’expliquer : « Nous sommes une université construite sur une recherche d’excellente qualité, c’est une situation gagnant-gagnant qui nourrit les tissus dans un équilibre subtil ».

Un équilibre où les règles sont peu à peu bousculées et où les frontières se font plus minces : « Les mathématiciens et les ingénieurs rencontrent les neuroscientifiques et les microtechniciens pour imaginer les technologies qui amélioreront notre quotidien », assure Patrick Aebischer, président de l’école polytechnique lausannoise.

Pour preuve, le campus est un lieu d’interactions où des entreprises comme Logitech, Siemens ou PSA Peugeot Citroën ont toute leur place. Au sein de cet “Innovation Park” se crée en moyenne plus d’une start-up par mois avec, en 2014, 129 annonces d’inventions et 99 brevets prioritaires.

Transfert de technologies et connivence

Parmi ses missions, l’EPFL mise ainsi sur le « transfert du savoir et de la recherche au profit de la société ». Dans cette optique, les partenaires économiques que sont les PME et les grandes entreprises ont un accès privilégié pour collaborer avec un laboratoire en particulier, s’installer sur le campus, acheter des technologies, se rapprocher des start-up qui développent et commercialisent leur technologie, ou financer des projets.

Piloté par la vice-présidence pour l’innovation et la valorisation, un programme de liaison permet d’orienter les entreprises vers le partenariat adapté et un office de transfert de technologies s’occupe de gérer et négocier la propriété intellectuelle issue de la recherche. Le système “spin-off” a quant à lui été élaboré pour aider les chercheurs à fonder leur entreprise afin de coopérer avec le secteur privé.

Selon le partenariat conclu, l’entreprise qui finance une start-up ou un projet a droit à des conditions particulières (pour éventuellement profiter d’un avantage concurrentiel), voire à l’obtention des droits sur les découvertes du laboratoire.

L’approche est identique dans les hautes écoles spécialisées, sans financement de chaires mais où les partenariats avec les entreprises « font partie de la ligne stratégique », assure Luciana Vaccaro, rectrice de la HES-SO. « Les partenariats sont nombreux et multiformes, tant pour de la mise à disposition d’infrastructures que pour des ateliers ou pour des projets spécifiques. »

La pratique en milieu professionnel, tout au long des formations, est également une pierre angulaire : « C’est une porte d’entrée royale pour les étudiants qui se font souvent repérer par les institutions où ils effectuent leurs stages ».

Le corps académique est lui aussi à l’image de cette proximité puisque sur 10 000 enseignants, la HES-SO ne compte que 1 700 équivalents temps plein. « 8 000 enseignants sont à moins de 25% chez nous et travaillent en parallèle dans le secteur public ou privé », poursuit Luciana Vaccaro.

Et ils amènent bien souvent avec eux des places de stage réservées chaque année aux étudiants de leur filière…

Plus de 2/3 des dépenses en R-D financées par des entreprises privées

La Suisse ne cesse d’intensifier ses activités de recherche et développement (R-D), atteignant en 2004 des dépenses équivalentes à près de 3% de son PIB. Un chiffre qui place le pays dans le peloton de tête de l’OCDE.

Environ 12 milliards d’euros consacrés à la R-D et financés à 23% par le secteur public et à 70% par les entreprises privées.

Dans certains établissements suisses, ce financement privé atteint même près de la moitié du budget global et les financements de chaires sont nombreux (surtout en sciences, droit et gestion). Le groupe pharmaceutique Merk Serono a par exemple signé en 2007 une contribution à trois chaires de recherche avec l’EPFL, dédiées aux maladies neurodégénératives, au cancer et aux nouvelles technologies d’administrations de médicaments (comme des vaccins à nanoparticules).

De l’avis de hauts fonctionnaires suisses, cette proximité entre universités et entreprises est un « modèle des plus aboutis » qui ne remplace pas des financements publics, mais qui complète le domaine pour le renforcer à la pointe de l’innovation.